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lundi 22 mars 2021

Sénégal : La révolte de la “Démocratie silencieuse”

 

Le Sénégal jadis de tradition démocratique, un pays stable, a pendant quelques jours vacillé dans des eaux troubles. Trois jours de tensions vives, de violences inouïes et de diplomatie politique intense. C’est surtout des journées symboliques d’explosion d’une longue sédimentation de frustration, de colère, d’amertume, de vide, d’injustice et de sentiment d’ignorance. Une “révolution juvénile” spontanée et virulente que seuls ceux qui sont capables d’une écoute active pourraient décrypter et en tirer des leçons. Une révolution d’une démocratie silencieuse portée par une jeunesse citoyenne soif d’un État de droit et d’une justice équitable.

Quand les aspirations démocratiques dépassent les propositions politiques, cela crée un vide dont se nourrissent les frustrations populaires. Quand la demande de démocratie et de bonne gouvernance des populations dépassent l’offre des acteurs du système administratif, les exigences citoyennes ne peuvent être comprises par les autorités.

Je définis la démocratie silencieuse comme étant l’expression publique d’une partie de la population, restée longtemps aphone et qui se positionne en force de contestation pour des exigences républicaines. C’est aussi quand les forces citoyennes qui composent la nation dépassent de loin les acteurs politiques par rapport aux exigences démocratiques.

C’est une crise de la démocratie qui nécessite une refonte des réponses systémiques. Une centaine d’intellectuels universitaires du Sénégal l’ont qualifié par “l’incapacité de la normativité institutionnelle à essentialiser la démocratie, la remise en cause de la fondation unitaire de l’Etat par l’atomisation du pouvoir, la justice sélective, l’organisation judiciaire de la compétition politique, l’urgence de la conservation et de la patrimonialisation du pouvoir etc.” Ces éminences grises concluent en ce sens que, cette “crise du droit se prolonge en une crise de société.”

#FreeSenegal, Monsieur le Président avez-vous entendu ce cri du cœur de la jeunesse ?

Un discours d’annonce d’un réajustement de la politique de jeunesse ou de réallocation de fonds supplémentaires pour l’entrepreneuriat ne constitue pas la véritable réponse à cette situation. Comprendre cette crise, c’est l’aborder hors de la bulle institutionnelle et sans oeillères partisanes.

Ceux qui sont sortis manifester ne sont pas tous des chômeurs ou des jeunes en quête de travail. Les internautes sénégalais qui ont porté #FreeSenegal ne sont pas tous des demandeurs d’emploi. Ceux qui ont jeté des pierres à l’Université ne sont pas que des politiques.

Parmi les jeunes qui sont sortis défier les forces de l’ordre, il y a ceux que vous avez traité par le passé d’oisifs errants sur les réseaux sociaux; ceux dont les frères et les sœurs ont péri en mer en voulant rejoindre l’Europe dans l’espoir d’une vie meilleure. Ce sont les mêmes jeunes qui n’ont cessé de vous interpeller sur les mesures d’urgence par rapport au phénomène de l’émigration clandestine et le fort prix en vies humaines qu’il coûte à la nation.

Toujours parmi ceux qui sont sortis manifester, il y a ceux-là qui ont demandé en vain la vérité sur l’affaire de l’enquête de la BBC accusant Aliou Sall. Et qui ne cessent de réclamer leurs “400 000”.

Les jeunes qui étaient dehors, c’est également ceux à qui vous aviez promis une gouvernance sobre et vertueuse. Ceux à qui vous avez vendu la théorie de “la patrie avant le parti”. C’est à cette jeunesse aussi que vous avez promis de ne faire que deux (2) mandats. C’est à cette même population que vous avez brandi la menace à propos des vaccins : “Si vous ne les prenez pas, je vais les offrir à d’autres pays africains qui en ont le plus besoin”.

C’est cette jeunesse qui pense que Karim Wade est victime de votre pouvoir et que Khalifa Sall est otage du système judiciaire.

Si vous avez omis toutes ces exigences et toutes ces revendications, vous avez certes entendu la rue mais pas compris son cri de cœur.

La demande de #FreeSenegal, c’est :

  • Une écoute active et une communication responsable et permanente pour plus de transparence et de redevabilité
  • Une loyauté républicaine et démocratique qui voudrait que la limite des deux mandats consécutifs soient respectés
  • Défendre et protéger les principes du constitutionnalisme, de l’État de droit et du respect de la limitation des mandats
  • Une justice indépendante et stable
  • Encourager le consensus national en garantissant les libertés et droits humains

La jeunesse au front : Les 3 mobiles

1 — La chimère d’un Etat-nation

L’État-nation peut être compris comme un État dont les citoyens forment un peuple se reconnaissant comme ressortissant essentiellement d’un pouvoir souverain émanant d’eux et les exprimant. Quand ce même peuple se cherche et cherche ses autorités, il vit un sentiment d’abandon et de déception. Le fait majeur de la gouvernance du Président Macky Sall c’est la rareté de sa parole. Au-delà de cette rareté, ses discours sont souvent source de polémiques et de commentaires hostiles.

Quand la jeunesse n’a pas l’impression qu’on lui parle ou que la population attend en vain la réaction de son leader sur des questions cruciales, cela crée un vide. Le dernier exemple en date, est la sortie du Président Macky Sall à propos des vaccins : “Si vous ne prenez pas les vaccins, je vais les offrir à d’autres pays africains qui en ont le plus besoin”. Tenir un tel discours est inadmissible pendant qu’il fallait sensibiliser, encourager et inviter les populations à se vacciner. Il est arrivé aussi à plusieurs reprises que des citoyens se lèvent pour demander une sortie du Chef de l’État. Cela a été le cas lors de la disparition en mer de plus de 480 jeunes sénégalais. Le long silence du Président avait poussé les internautes sénégalais à décréter d’eux-mêmes une journée de “deuil national”.

2 — Sentiment d’absence de justice

Du dossier du fils de l’ex-président de la République Karim Wade à l’affaire du Maire de Dakar Khalifa Sall, les Sénégalais ont été témoins de plusieurs autres dossiers de justice qui ont fait couler beaucoup d’encre. La perception d’une justice équitable est tellement importante que quand ceux qui la symbolisent ne sont pas perçus comme impartiaux, ils lui font perdre sa crédibilité. Quand elle donne l’impression d’être instrumentalisée, elle devient contestée. Cela constitue les germes d’un sentiment d’inégalité et d’injustice. Quand la perception fait penser que la justice ne s’applique que pour une partie de la population, cela installe un climat d’absence de justice. Rappelons que le frère du Président de la République a été directement indexé par une enquête de la BBC à propos d’un scandale à 10 milliards de dollars. Il n’a toujours pas été inquiété par la justice sénégalaise. Il en est de même pour certains membres de l’administration épinglés par les rapports de l’Inspection Général d’État (IGE).

3 — Une jeunesse connectée à l’école de la démocratie participative

C’est dans un environnement marqué par l’élargissement des espaces d’interconnexion à travers ce qu’on peut appeler un village planétaire que les Sénégalais ont porté l’expression d’une indignation collective en ligne. Les combats citoyens portés par des Algériens sont aussi portés par des Béninois ou des Sénégalais. La panafricanisation des exigences politiques, démocratiques et citoyennes est aujourd’hui une réalité. Le soutien massif des africains et même des Antilles en est une preuve. Cela témoigne encore une fois de l’état de déliquescence des démocraties au niveau du continent. Portés par des dynamiques d’intelligence collective, les soft-révolutions citoyens constituent des amplificateurs des révolutions. Qu’elles aboutissent où pas, elles contribuent à redistribuer les cartes afin de rappeler les principes fondamentaux de la démocratie. “Le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple.” Quand ce peuple est connecté et organise la circulation de l’information à travers le cyberespace, il devient une force de pression, de contestation, de plaidoyer in extenso, une force de contribution et de participation. Il a fallu moins d’une semaine à #FreeSénégal pour réunir plus de 10 millions de francs CFA pour les familles des victimes et les blessés. Un simple appel à mobilisation a permis en 72H au centre de transfusion sanguine de collecter plus de 300 poches de sang.


“Ils ont essayé de nous enterrer mais ils ne savaient pas que nous étions des graines” proverbe mexicain

Il y a 10 ans, le 19 mars 2011, je parlais de cette jeunesse qui a su manifester pacifiquement à la place de la nation et qui a pris le soin de nettoyer les lieux après le rassemblement. Cette jeunesse mature et responsable a fait face à Abdoulaye Wade et n’a jamais fait usage de violence ou de pillage. Elle s’est toujours manifestée pacifiquement en respect aux institutions de la République. Le mouvement Y’en à Marre, cette jeunesse est plus qu’un exemple en Afrique, elle est devenue une inspiration pour bon nombre de pays. Entre 2011 et 2012, elle s’est dressée au premier plan sur le front contre les velléités du Président Abdoulaye Wade d’imposer la dévolution monarchique du pouvoir. Dix ans après, j’ai l’impression de vivre la même situation aujourd’hui avec un Président qui a attendu que plusieurs jeunes se fassent tuer pour prendre la parole. Un ministre de l’Intérieur prend la parole sans même exprimer une once de compassion aux victimes et les taxer de terroristes.

La jeunesse sénégalaise est de loin en avance sur les acteurs politiques. C’est une jeunesse mature, responsable, républicaine et très patriote. Elle a su démontrer sa maturité depuis plusieurs années et c’est cette maturité qui a conduit Macky Sall au pouvoir. Cette grande mobilisation de ces derniers jours, dépasse la personne de l’opposant politique Ousmane Sonko. C’est l’expression d’une longue sédimentation de frustrations, d’injustice et de perception d’une démocratie bafouée. Ce qui est attendu des autorités, c’est une ÉCOUTE active et attentive et des actions concrètes.


lundi 3 août 2020

Présidents d'Afrique, la vie après le pouvoir !






Ils sont plus d’une centaine à avoir été aux plus hautes fonctions de l’État pour les 55 pays que compte le continent Africain. Certains ont perdu la vie durant l’exercice de leur fonction. D’autres sembleraient avoir signé un « contrat à durée indéterminé » avec le poste de Président de la République. Ailleurs c’est par la suite de révolutions citoyennes (d’une insurrection) où simplement par les armes avec un coup d’état que des hommes politiques ont payé de leur ambition en étant obligé de force de quitter le pouvoir. À côté de ceux qui s’éternisent au pouvoir et de ceux qui sont contraints et forcés de quitter le pouvoir, il y’a ceux qui ont cédé la place à la suite d’élections libres et démocratiques.

vendredi 9 novembre 2018

Médias en Afrique : relever les défis du journalisme numérique ou disparaître?


Copyright Photo : Pamphile Oudiane / Instagram

Dans un monde où le simple fait de hacker un site web ou de pirater un compte Twitter peut-être considéré comme un problème diplomatique, un monde où la visibilité et la popularité se mesurent en nombre de vue sur youtube, ce monde interconnecté au flot de l’infobésité, s’adapter devient un impératif pour tout média qui se veut être à jour par rapport à la collecte, la production et la diffusion de l’information.

De nos jours, quand un événement n’est pas filmé, il n’a pas eu lieu. Quand une manifestation ou une émeute se produit sans être Twittée, le monde entier n’en sera pas informé. Quand une injustice se produit et qu’elle n’a pas été dénoncée sur Facebook, elle risque de rester impunie. Tel est le tableau que nous impose la révolution digitale dans le monde très évolutif de l’information. Entre le changement des supports de consommation (smartphones), l’évolution du traitement de l'actualité en temps réel (révolution de l’instantanéité), le développement et la réorientation de l’usage des réseaux sociaux (du relationnel à l’information)..., le numérique modifie notre relation à l'information et impacte considérablement le métier de journalisme.

vendredi 19 mai 2017

#264220Merci, l'incomprise Anna Gueye !


Je ne pensais pas faire de sitôt un témoignage sur toi. La surprise, le choc et le coup que  l’annonce de ta disparition a provoqué chez les internautes montrent que tu avais encore ta place parmi nous. Tu as attendu le calme d’un matin de fin de printemps pour t’endormir à jamais dans un silence bruissant de Tweets aux couleurs de fleurs que tu as toujours arrosées de ta générosité. 

Dans un temps marqué par le bourgeonnement et la floraison des plantes, sentir un vide sur notre timeline à cause de ton absence, c’est comme un printemps sans fleurs. Tu manqueras à Twitter. 

vendredi 6 mai 2016

Top classement des Hommes Politiques sénégalais sur Twitter : Les 20 comptes à suivre


Si les Hommes politiques sénégalais ont décidé d’envahir le réseau social Twitter, ce n’est pas seulement pour envoyer des micro-messages de 140 caractères. C’est aussi pour trouver un réseau élargi de milliers et personnes et dans une moindre mesure une visibilité étendue pour des millions de personnes en quelques clics. Ils sont aujourd’hui nombreux a vouloir se coller à l’évolution en devenant des acteurs d’un écosystème qu’ils méprisaient royalement y’a six ans. Qui sont les nouveaux Twittos assidus de la sphère politique sénégalaise ? Comment s’y prennent t-ils ? Avec quels types de contenus ? 

jeudi 4 juin 2015

Après MapAfrica, la BAD lance BAOBAB la base de données des OSC en Afrique

Zeneb Touré, Civil Society Engagement Officer faisant le lancement de Baobab au #CSOForumAbidjan

C'est durant le Forum des Organisations de la Société Civile Africaines en marge des Assemblées Annuelles 2015 de la Banque Africaine de Développement que le Département de l'Assurance Qualité et des résultats a procédé au lancement de la nouvelle plateforme BAOBAB.

mercredi 27 mai 2015

Assemblées annuelles de la BAD, la banque s’ouvre aux Organisme de la Société Civile

Cérémonie Officielle d'ouverture des Assemblées Annuelles de la BAD en Côte d'Ivoire

Dans le but d’optimiser les résultats et les impacts de développement, la Banque Africaine de Développement invite les organisations de la société civile à prendre part aux réflexions durant ses Assemblées annuelles prévues du 25 au 29 mai 2015 dans la capitale ivoirienne, Abidjan qui abrite actuellement le siège de la Banque après une période transitoire à Tunis.  

lundi 25 mai 2015

Les blogueurs guinéens ont organisé leur premier blogcamp

Les blogueurs Guinéens au Blogcamp du samedi 23 mai 2015. Crédit Photo : Fodé Kouyaté
L’association des blogueurs de Guinée dénommé Ablogui a organisé son premier Blogcamp ce samedi 23 mai 2015 à Conakry. C’est dans un cadre coloré et une ambiance bon enfant que les jeunes internautes, activistes et blogueurs guinéens ont tenu durant une journée entière devant un mur d’écran qui fait défiler une série de tweets, à partager d’expérience et échanger sur des sujets innovants.

dimanche 15 mars 2015

Les membres des Mouvements Y en a Marre (Sénégal) et Balai Citoyen (Burkina Faso) arrêtés à Kinshasa

Fadel Barro - Coordonnateur du Mouvement Y'en A Marre lors de la Conférence de Presse pour le lancement de Filimbi


Arrivés sur le sol de la République Démocratique du Congo ce vendredi 13 mars 2015 pour le lancement du mouvement citoyen Filimbi, les activistes du mouvement Y’en a marre (Sénégal) et Balai Citoyen (Burkina Faso) ont vu leur séjour écourté par une arrestation des autorités congolaises.